À qui s’adresser quand on souffre de burn out ?

Docteur Bagot :

« Qui sont les autres acteurs du burn-out en dehors de la ligne managériale? »

« À qui le salarié qui souffre de burn-out peut-il s’adresser»

« Il peut s’adresser au médecin du travail. Celui-ci peut l’aider et bien souvent je vois des gens qui arrivent dans mon cabinet sur préconisation du médecin du travail. Cela dépend de la surcharge de travail du médecin du travail et de son implication »

« Il y aurait théoriquement les syndicats, j’entends dire que les syndicats négocieraient avec les directions des accords au point de vue des risques psychosociaux, néanmoins, cela fait des années que je pratique et que je soigne des salariés qui souffrent de burn-out et dans toute ma carrière je n’ai jamais vu quelqu’un qui ait été défendu ou accompagné dans le cadre d’un burn-out par les syndicats. Où sont les syndicats? C’est-à-dire autrement que pour aller négocier avec les directions. Au point de vue individuel, je les trouve singulièrement absents»

« Syndicats et médecin du travail, certes, mais il y a aussi les acteurs extérieurs à l’entreprise. La personne qui souffre de burn-out peut aller voir son généraliste. Souvent nos confrères généralistes sont sensibles à la question du burn-out et font des arrêts de travail mais qui sont généralement assez courts. Ils ont peut-être peur d’être pris en défaut par la Sécurité sociale et ils considèrent que cela est suffisant. De plus, la plupart du temps la personne souffrant de burn-out est résistante à l’arrêt de travail, elle ne veut pas s’arrêter! Donc le généraliste établi un arrêt d’une semaine au bout duquel la personne repart travailler et rechute assez rapidement. »

« C’est souvent à un stade très critique qu’ils se tournent alors vers un spécialiste. Les psychiatres font souvent des arrêts plus longs. La démarche d’aller voir un psychiatre est difficile pour quelqu’un en burn-out. Ils ont la petite image de « je ne suis pas fou! » »

« Lorsque je reçois un patient en burn-out quasi systématiquement je mets un arrêt de travail assez long malgré sa résistance. Placer le patient en burn-out en situation d’arrêt de travail protège le patient et lui donne une distance vis-à-vis de la structure et de la situation pathogène qui l’a mis dans cet état-là. »

« La règle c’est que l’on met à distance et l’on observe. La mise à distance permet petit à petit à l’énergie de revenir. Il faut être particulièrement patient car cela ne revient pas si vite car souvent car cela s’est développé durant des mois voir un à deux ans. La personne en burn-out voudrait que cela aille plus vite. »

« Pour que ça aille plus vite, il faut que le patient accepte la prescription d’antidépresseurs mais il y a là souvent aussi de la réticence. Au bout de 3 à 4 semaines ils finissent par s’y résoudre lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils ne vont pas mieux. »

« Arrêt de travail, psychotropes et parvenir à leur faire prendre conscience de ce qui les a fait chuter. Peut-être ce schéma du bon élève, sur la distance et les limites qu’ils ne mettent pas aux tâches qui leur sont confiées? Sur la place réelle que doit avoir le travail dans leur vie. Sur le fait qu’ils ne doivent pas tout donner à l’entreprise surtout si c’est pour négliger leur vie privée. »

« Le psychiatre les accompagne pour avoir une visibilité sur ce qui s’est passé afin d’éviter une rechute. Les salariés en burn-out ne sont pas demandeurs de thérapie, ils sont en face de nous parce qu’ils n’ont plus le choix. D’autant que la psychothérapie remet en cause leur schéma préétabli de la relation au travail. »

« Enfin dans les intervenants extérieurs il y a aussi l’avocat. La question de quelqu’un qui a fait un burn-out c’est sa réintégration dans l’entreprise. Sauf qu’une entreprise et les structures ont du mal à changer. Donc parfois il n’est pas possible pour le salarié en burn-out de réintégrer la structure dans laquelle il travaillait. L’avocat permet donc de proposer au salarié en burn-out des axes d’actions et de négociations pour partir de l’entreprise. L’avocat va permettre au salarié en burn-out d’être moins impuissant face à son entreprise. Il voit qu’il peut se défendre et l’avocat rappelle que l’entreprise a une obligation de protéger le salarié dans son intégrité physique et mentale. »

 

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