Religion et spiritualité
dans la quête du bien-être

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« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Georges Bernanos, La France contre les robots, 1946

« Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés. »

Alexandre Soljenitsyne, Discours de Harvard, 1978

La quête spirituelle : un besoin profondément humain pour répondre à la crainte de la mort

La peur de la mort  est omniprésente dans les consultations.

Si la peur de disparaître à chaque instant chez une personne en bonne santé peut être un symptôme de trouble anxieux (trouble panique ou hypocondriaque…), la peur de la mort fait partie de la condition humaine : peur de la disparition de ses proches, peur de sa propre mort.

Notre société tente de l’escamoter, plongeant l’homme moderne dans une course à la consommation et à la « réussite », une recherche du bonheur… mais un jour ou l’autre cette peur reparaît.

Dans une société laïque où la pratique religieuse régresse, où exprimer cette peur ? Par défaut c’est souvent dans le cabinet d’un psychiatre qu’on s’en donne le droit, comme si cette peur était en elle-même une maladie ! Or, la psychothérapie ni la psychiatrie n’ont aucune réponse à y apporter…

Une recherche religieuse, spirituelle ou philosophique est un besoin profondément humain. Certains pourront se référer à des événements récents ou à des excès historiques pour le nier, mais tous ces preuves tragiques ne sont pas suffisantes pour contre-balancer le rôle central et civilisateur dans l’histoire de l’humanité de cette quête, ni la richesse de réflexions accumulées pendant des millénaires par les générations précédentes.

L’indispensable besoin de sens à sa vie

S’il fallait toutefois avancer des éléments de preuves modernes, un auteur comme Layard (Ouvrage « Happiness is back », 2005) identifie six facteurs déterminant le « bonheur » d’un pays : le taux de divorce, le taux de chômage, le niveau de confiance entre les habitants, le nombre de participants à des organisations non religieuses, la qualité du gouvernement et…le nombre de croyants ! Lors du passage à l’économie de marché après la chute du système communiste en Europe de l’Est après 1989, la mortalité masculine a augmenté significativement chez les hommes, sauf chez dans les sociétés où les habitants étaient largement membres d’une organisation sociale comme l’Eglise Catholique en Pologne (article) !

A un niveau individuel, l’épidémie de burn-out est due à une absence « d’idéal temporisateur » relativisant l’importance de la réussite matérielle. Dans une économie guidée par des résultats à court terme, devant l’effondrement de l’idéal communiste, la recherche de sens n’est que plus nécessaire. Pour ceux qui l’ont oublié, elle peut se rappeller à leur bon souvenir lors d’échecs professionnels ou personnels.

De l’importance de la neutralité du psychothérapeute vis-à-vis de la croyance

Le psychiatre-psychothérapeute doit être totalement neutre et « adaptable » à tout système religieux.

Les thérapies brèves m’ont appris à aider les personnes « où elles se trouvent », en respectant leur système de croyance.

Je reçois beaucoup de croyants, ce qui m’a permis d’enrichir ma connaissance des différentes religions : chrétiens catholiques, orthodoxes ou protestants ; juifs et musulmans… Chacune renferme des traditions « thérapeutiques » comme par exemple l’organisation du deuil dans la tradition juive.

Autre exemple : la sacralisation du repas… Un patient musulman boulimique me disait : « quand j’ai prononcé le nom de Dieu avant d’approcher les aliments, je ne peux pas faire de boulimie ».

Les patients juifs observant les règles de la cacheroute et qui s’abstiennent d’aliments non-casher lors des crises de boulimie…

Pourquoi rechercher dans des traditions religieuses qui nous sont très éloignées – et bien souvent incompréhensibles à un esprit occidental- des pratiques et des sagesses que nous pouvons trouver plus proches de nous ? Pour cette raison je suis réticent au méli-mélo à la mode psychothérapie et « sagesse bouddhiste ».

Toutes les vertus attribuées à la méditation, par exemple pour les capacités de concentration, me paraissent un pauvre antidote devant l’impuissance à s’éloigner des portables et écrans !

« Si Dieu n’existe pas, tout est permis » selon Dostoïevski : comme l’arbre recherche la lumière pour montrer toute sa puissance, la quête de sens est dans la nature de tout homme qui se respecte et le fait grandir… Cette quête de sens, pour ne pas la faire seule, nous pousse à chercher la lumière dans ces traditions millénaires. Et tant mieux !